Une monographie publiée sans commentaire dans la rubrique « Et chez toi ça va ? » des Cahiers pédagogiques (n° 465).
Bilan Météo en sixième C : « Du grand soleil aux gros nuages noirs » …
Depuis le jour de la rentrée, dans cette classe de 6ème C dont je suis la professeure principale, nous avons l’habitude de faire un bilan météo, une fois par semaine. Il ne s’agit pas d’examiner le temps qu’il fait, comme Kevin, un peu distrait qui, à son tour, un jour, observa la fenêtre avant de nous dire qu’il pleuvait ! Chaque élève, exprime à l’ensemble du groupe, par une métaphore météorologique, son humeur du jour, de la semaine écoulée. Pratique découverte à travers la lecture d’une monographie issue du « mémento de pédagogie institutionnelle » de René Laffitte.
Après plusieurs « soleil », « hyper soleil », « beau temps », Meriem annonce le début des perturbations avec un « gros nuage noir ». Je lui demande si elle souhaite nous expliquer la raison de ces nuages. Elle s’est battue avec Kevin, le matin dans les couloirs. Elle explique, Kevin aussi. Les autres interviennent dans la régulation de ce conflit.
C’est le tour de Paul, un élève qui s’exprime très occasionnellement en classe, très sérieux. Les blagues, ce n’est pas son affaire. Il nous annonce « un vent léger ». La semaine dernière, les « nuages » étaient au rendez-vous. Il n’avait pas souhaité expliquer à l’ensemble de la classe, mais m’avait annoncé à la fin de l’heure discrètement que les nuages étaient dus à des problèmes digestifs. Aujourd’hui, il a failli s’étouffer le midi même avec des nouilles ! Je m’inquiète un peu de la réaction des autres, mais visiblement, il n’y a que moi qui me mords les lèvres. Nous discutons de la peur que cela lui a procurée.
La dépression s’installe. Sur la tête d’Ibrahim, « quelques nuages gris ». Certains élèves de la classe en connaissent visiblement les raisons, puisqu’ils l’encouragent en souriant à raconter son histoire. Je m’attends à quelque chose de drôle, pas du tout. Il a été victime le matin d’un petit pont massacreur. Les langues se délient, tous racontent le fonctionnement, les lieux. Je réalise alors que cinq élèves de la classe ont été victimes de cette pratique. L’un de nos objectifs de rentrée était pourtant de réagir le plus vite possible pour limiter et tenter d’éliminer ces pratiques dans l’enceinte de l’établissement. Je croyais avoir fait passer un message aux élèves de cette classe : prévenir un adulte pour éradiquer le phénomène ! Je leur fais part de ma surprise donc, de ne le découvrir que le 22 novembre. Je rappelle que nous devons agir ensemble. Je pose quelques questions sur la récurrence ou non du lieu, sur la présence des adultes. Ils racontent alors que certains adultes n’interviennent pas, regardent même, passent.
Comment éviter de couler si tout le monde n’écope pas en cadence ?
Tout à coup Kevin parle d’un autre jeu, les vaccins ! Il explique. « On dit bonjour à quelqu’un et on lui attrape la main, pour lui faire toucher le zizi ». Les soleils de tout à l’heure s’éloignent encore un peu. Rappel à tous que de tels actes sont interdits dans le collège mais aussi dans la société. La loi l’interdit.
D’habitude, ce bilan est assez rapide. Aujourd’hui, il est long mais riche. L’emploi du temps des 6ème C ne me permet pas cette année, d’utiliser l’heure de vie de classe de manière hebdomadaire .C’est donc de manière très épisodique que nous nous retrouvons lors de cette heure permettant de dire les choses de la vie du collège. Cela fait plusieurs semaines maintenant qu’elle n’a pas eu lieu. Peut-être est-ce une des raisons de cette météo du jeudi, un peu longue … je ne sais pas.
Anne-Laure Fourmont, collège de Sevran (93)