Une monographie publiée sans commentaires, dans la rubrique « Et chez toi ça va ? » des Cahiers pédagogiques (n° 465)
———————————–
En cette rentrée, j’oscille entre lassitude et optimisme…
Première semaine.
Je suis lassée de retrouver des professeurs démotivés qui donnent l’impression de ne plus y croire.
En salle des professeurs, dès le premier jour, ils échangent sur le nouveau règlement intérieur : « Au bout de cinq minutes de retard, on peut ne plus accepter les élèves ?! Je vais avancer ma pendule ! » Ils échangent sur les listes d’élèves de leurs classes : « Peut-on jeter des élèves ? » et ils se donnent des indications : « Oh, elle, ça c’est le top du top ! Pfouou, lui, qu’il est nul ! ». En plus, ils s’entraînent dans cet étalage de bons mots ; il devient de bon ton de se moquer des élèves et de dire qu’ils sont mauvais. De même qu’il est très difficile de dire le contraire ou d’avoir un avis différent.
Donc l’éternelle question de la motivation, après de nombreuses années d’enseignement, ressurgit déjà.
Un collègue me fait un long exposé sur chaque élève d’une de mes classes. C’est fatigant d’entendre des discours pessimistes et fatalistes sur les élèves, des discours qui refusent de tenir compte d’un changement possible de la part des élèves, des discours empreints de rancœur.
En revanche, je suis optimiste grâce à l’arrivée de nouveaux professeurs, notamment un professeur qui a exprimé un vœu de mutation pour ce collège.
Deuxième semaine.
En salle des professeurs, j’entends une conversation entre deux nouveaux professeurs qui échangent sur leurs classes. Elles disent être agréablement surprises par leurs élèves (qui sont mignons, qui s’expriment bien…).
Cela confirme à quel point la présentation négative de rentrée qui leur a été faite est vraiment néfaste ; elle s’ancre dans l’esprit de chacun et empêche peut-être un regard neuf et naïf sur les élèves, notamment les plus en difficulté. C’est précisément ce qui se produit pour un élève dont je suis tutrice. Dès ce tout début d’année, Mamadou subit déjà des réprimandes car on ne veut rien laisser passer à cet élève qui traîne sa « mauvaise réputation ».
Aline